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Guillaume Rousseau Par Guillaume Rousseau

Lundi, 8 janvier 2018

Salaire minimum à 15 $ de l’heure: plus de pour que de contre



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Toutefois, une hausse aussi importante peut présenter des inconvénients, surtout si elle est mise en place rapidement.

La Fédération des travailleurs et travailleurs du Québec (FTQ) a profité de ce début d'année pour relancer l'idée d'hausser le salaire minimum à 15$ de l'heure... et pour dénoncer les organisations patronales qui s'y opposent. Que doit-on penser de cette idée ?

À partir du moment où elle est portée par la FTQ, une fédération syndicale réputée pragmatique, il devient clair que l'idée d'hausser le salaire minimum à 15$ de l'heure est devenue une revendication soutenue par une large portion de la société civile, allant bien au-delà des seuls groupes de défense des démunis. Et c'est normal, puisque plusieurs juridictions ayant une économie comparable à celle du Québec vont ou iront de l'avant avec une telle hausse, qu'on pense à l'Ontario.

Les raisons de cette hausse sont bien connues : il s'agit de combattre la pauvreté, entre autres celle touchant les femmes et les jeunes qui sont nombreux à travailler au salaire minimum, mais aussi de stimuler l'économie locale. En effet, l'économie locale et plus largement nationale est souvent mieux servie lorsque l'argent est dirigé vers des personnes à faible revenu, qui dépensent leurs sous en produits et services de première nécessité (loyer, épicerie, etc.), plutôt qu'à des personnes à haut revenu, qui sont plus nombreuses à placer leur argent dans des paradis fiscaux ou à la dépenser lors de voyages à l'étranger. D'où l'intérêt de s'assurer que l'argent des entreprises se retrouve davantage dans la poche des travailleurs, plutôt que dans celle des actionnaires, en haussant le salaire minimum à 15$ de l'heure.

Toutefois, une hausse aussi importante peut présenter des inconvénients, surtout si elle est mise en place rapidement. Si elle a pour effet de diriger plus d'argent vers les travailleurs et moins vers les actionnaires et leurs entreprises, elle peut diminuer les investissements susceptibles de créer des emplois. Surtout si elle a un effet d'entraînement sur des salaires situés au-dessus, une augmentation du salaire minimum peut favoriser l'inflation et donc la hausse des prix pour les consommateurs.

On imagine facilement que certaines entreprises refileront le coût de la hausse du salaire minimum à leurs clients plutôt que de diminuer les dividendes de leurs actionnaires. Et d'autre part, il y a des employeurs ayant des employés au salaire minimum, par exemple des organismes à but non lucratif, qui n'ont pas de dividendes à couper et qui de ce fait n'auront pas le choix d'hausser le coût de leurs produits et services ou de couper les heures de leurs employés. Ayant déjà co-dirigé un tel organisme, je peux vous garantir que cet exemple n'est pas que théorique.

Au final, les inconvénients possibles d'une hausse du salaire minimum à 15$ dépassent-ils ses avantages ? Sans doute que non, car le taux de chômage et l'inflation étant assez bas, le contexte actuel fait que ces inconvénients ne sont pas aussi graves qu'ils ne le seraient dans un autre contexte. Mais un gouvernement qui irait de l'avant avec une telle hausse devrait tout de même être prudent. Le coût de la vie étant moins élevé au Québec qu'en Ontario, il ne serait pas nécessaire de parvenir à 15$ de l'heure aussi rapidement ici que dans la province voisine. Et il faudrait s'assurer que la hausse soit bénéfique non seulement à Montréal, où le coût de la vie est plus élevé, mais aussi dans les autres régions, comme l'Estrie, où il est plus bas.

Enfin, des mesures gouvernementales devraient être prévues pour aider les petites entreprises et les organismes à but non lucratif ayant des employés au salaire minimum à faire face à cette hausse.

 

Guillaume Rousseau, avocat et professeur agrégé à la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke.

 

 


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