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Réinventer la social-démocratie!

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Que de plaisir à lire Pierre Foglia dans La Presse + de samedi dernier sur sa vision de nos nouvelles économiques! En peu de mots, sans artifices guerriers et sans menaces, il assassine les idées reçues de nos économistes bien-aimées qui jour après jour nous livrent leur monologue lénifiant sur l'austérité et « l'État pu-capable de payer ».

Cette chronique de Pierre Foglia tombe pile juste au moment où je termine la lecture du livre de Stéphane Paquin et de Pier-Luc Lévesque Social-démocratie 2.0 où les auteurs comparent le Québec aux pays scandinaves. Plongée dans un paradigme économique oublié...

L'économie québécoise est-elle un modèle de social-démocratie?

Le Québec est distinct en Amérique du Nord par sa langue, sa culture et ses institutions, mais il l'est aussi par son modèle québécois qui est de tradition sociale-démocrate. Chez nous, les plus grands bâtisseurs de l'État québécois moderne ont été des libéraux. Du gouvernement mythique de Jean Lesage à celui de René Lévesque en 1976, de nombreuses actions des gouvernements ont contribué à bâtir une société différente en Amérique du Nord où la création de la richesse avait pour but de promouvoir la justice sociale.

Ce grand élan du Québec vers la social-démocratie n'a pas été renié même parmi les années triomphales de la victoire décisive du néo-libéralisme inspiré par les Reagan et Thatcher. Le gouvernement de Robert Bourassa (1985-1994) a instauré la Loi sur le patrimoine familial pour promouvoir une plus grande égalité entre les hommes et les femmes. Le gouvernement de Jacques Parizeau a instauré le programme d'assurance-médicaments et le réseau de garderies à 5 $ alors que le gouvernement Charest a instauré les congés parentaux. Il s'en fallut de peu pour que le gouvernement Marois instaure le programme d'assurance autonomie proposé par le ministre de la Santé, Réjean Hébert.

Affirmer que le Québec est un « pays social-démocrate » serait cependant un grand raccourci avec l'histoire. On en peut passer sous silence le discours dominant politique qui est résolument engagé dans l'esprit du temps néo-libéral. On peut cependant constater que si le discours est à droite, les actions elles sont souvent inscrites dans la foulée de la poursuite de la construction d'un modèle québécois à sauce social-démocrate. Quel paradoxe...

L'heure des choix...

Comme nous le répète à satiété le gouvernement du Québec, le Québec est à l'heure des choix cruciaux. Nous ne pouvons pas, nous disent-ils d'une même voix, continuer à dépenser plus que nous gagnons pour payer l'épicerie et nous devons assainir les finances publiques et rétablir nos équilibres budgétaires pour redonner au Québec sa pleine liberté de choix. Si je suis d'accord avec le constat, je souhaite cependant que l'on élargisse nos champs de possible.

Dans l'introduction de Social-démocratie 2.0 publiée aux Presses de l'Université de Montréal, le professeur Stéphane Paquin n'en pense pas autrement, mais il propose une refondation de la social-démocratie québécoise plutôt qu'un virage néo-libéral : « Dans les prochaines années, Le Québec sera en présence de choix difficiles en raison du vieillissement de la population et de la précarité de ses finances publiques. La Suède, la Finlande et le Danemark étaient dans une situation comparable au début des années 1990 avant d'opérer des réformes très importantes de l'État, des finances publiques, de la fiscalité, du système de santé, d'éducation, des retraites, etc. La réforme est si importante que l'on peut réellement parler d'une social-démocratie 2.0. » (p.20)

Pour accepter de faire de tels choix difficiles, il faut cependant un timonier de confiance au gouvernail. La population, la société civile et les contribuables doivent avoir confiance en la légitimité de leurs dirigeants pour accepter de faire des choix qui seront aussi percutants dans leur vie. Si les pays scandinaves en ont été capables, pourquoi ne le serions-nous pas nous aussi?

Comme le note, Stéphane Paquin, « Le Québec est à l'heure des choix, nous pensons qu'il est préférable de se comparer aux meilleurs pour guider les réformes, plutôt que de se les laisser dicter par la nécessité à court terme. » (p.20) C'est le fameux plan, la vision que réclame jour après jour l'ex-député, Marie Grégoire à l'émission le CLUB DES EX animée par Simon Durivage, diffusée sur les ondes d'ICI RDI.

Un autre monde possible...

Des études nombreuses publiées ces dernières années, et dont on trouve l'écho dans le livre de messieurs Lévesque et Paquin, font la démonstration, à qui veut bien en comprendre les conclusions, que la social-démocratie n'est pas en crise, mais qu'elle est à réinventer. Lisons une fois de plus ce que nous en dit Stéphane Paquin : « Pour reprendre le titre d'un ouvrage de Paul Krugman, la mondialisation n'est pas (toujours) coupable. Les données empiriques réunies dans cette étude soutiennent l'idée que les pays qui taxent beaucoup, qui interviennent davantage dans l'économie, qui possèdent d'importants programmes sociaux et des syndicats forts peuvent s'en tirer mieux, en termes relatifs, dans la mondialisation et la concurrence mondiale que les autres, notamment, les États-Unis et le Canada. Les pays scandinaves, par exemple, ont maintenu leurs dépenses sociales et ils exportent plus... Cela ne signifie pas que la mondialisation est un mythe qui ne touche pas les finances publiques. » (p.69) Même s'il y a des thèses qui cherchent à opposer la social-démocratie à la mondialisation et au libre-échange, l'expérience des pays scandinaves prouve que cette hypothèse ne tient pas la route. La social-démocratie demeure une option de choix qui devrait faire partie de nos mondes possibles. Cela d'autant plus que la société québécoise a un historique de développement qui s'en est largement inspiré.

Le modèle québécois de la social-démocratie

L'économie du Québec a traversé l'époque de l'après-guerre en prenant le contrôle de sa destinée. Outre, la socialisation de notre épargne comme outil d'investissement, nos gouvernements ont aussi créé des programmes sociaux pour assurer une plus grande justice sociale et pour réduire les inégalités entre les citoyennes et les citoyens. Même au plus fort de la crise de 1981-1982, la recette sociale-démocrate a encore été appelée à la rescousse en créant un outil supplémentaire avec le Fonds de solidarité des travailleurs de la FTQ. Le gouvernement de Lucien Bouchard a lui aussi fait appel à la concertation des acteurs pour atteindre le déficit zéro.

Il faut cependant comprendre qu'il existe un divorce entre nos élites dirigeantes et la société civile. Chez nous, le combat entre les tenants du néo-libéralisme et celles et ceux qui instinctivement optent pour une société juste de tradition sociale-démocrate est toujours d'actualité. Au Québec, notre modèle québécois de social-démocratie souffre de déficit institutionnel. On n'a pas créé des mécanismes permanents de dialogue social qui en permettraient la pérennité. Ce modèle souffre aussi de nos divisions nationales. Il n'est pas impensable d'envisager un Québec social-démocrate sans être obligé de le penser en termes d'un pays. Pourtant, la social-démocratie québécoise n'a pas de véhicule politique fédéraliste. Cela manque à notre offre politique.

En attendant, comme le disait si bien Foglia dans sa chronique de samedi dernier, nous vivons sous le joug de l'idéologie de l'austérité qui est une fin plutôt qu'un moyen. C'est ce qui arrive lorsqu'une nation comme la nôtre se choisit des leaders, tous partis confondus tant souverainistes que fédéralistes, à l'exception de Québec solidaire, ayant pour seule logique l'équilibre de nos états financiers. Nous n'arriverons à rien avec ces gouvernements de comptables. C'est de leaders visionnaires que nous avons besoin pour réinventer la social-démocratie québécoise...

Lectures recommandées :

Stéphane Paquin et Pier-Luc Lévesque dir., Social-démocratie 2.0. Le Québec comparé aux pays scandinaves, coll. : « Politique mondiale », Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2014, 369 p.


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