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  CHRONIQUEURS / L'Agora

Justin, le premier ministre

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Photo : . Le gouvernement libéral de Justin Trudeau s’est prononcé et a tranché le nœud gordien.
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 7 décembre 2016      

Les dés sont jetés. Le gouvernement libéral de Justin Trudeau s'est prononcé et a tranché le nœud gordien. Il a autorisé la construction du projet Trans Mountain, de Kinder Morgan. Ce nouveau pipeline permettra d'acheminer du pétrole de l'Alberta à la côte ouest-canadienne.

La capacité du réseau existant passera de 300 000 barils à 890 000. Le premier ministre a aussi autorisé le remplacement de la ligne 3 de l'entreprise Enbridge qui relie l'Alberta au Wisconsin depuis 50 ans. Cela donnera une capacité supplémentaire de 330 000 barils de pétrole par jour. Justin Trudeau en a fait lui-même l'annonce en compagnie de plusieurs de ses ministres le 29 novembre dernier. Par cette décision, Justin Trudeau dit concilier l'environnement et le développement économique. Pas si sûr.

Le choix de dire oui au pétrole sale est un choix politique qui est peu congruent avec celui de respecter notre signature du traité de Paris. C'est un choix lucide. Un choix économique judicieux pour l'économie canadienne, mais sûrement pas un choix qui s'inscrit dans les sentiers de l'avenir d'une planète délivrée de l'énergie carbone. Justin Trudeau et son gouvernement ont raté l'occasion offerte de faire l'histoire et de penser en dehors de la boîte. Cette décision présentée comme un compromis acceptable entre l'économie et l'environnement m'apparaît comme de la compromission face à l'objectif de réduire les gaz à effet de serre. Analyse d'une décision capitale du gouvernement Trudeau.

Le pétrole sale

Il est exact qu'il est facile pour nous du Québec d'être contre le pétrole sale. Nous n'en produisons pas. Notre économie n'est pas dépendante de cette ressource. C'est tout à fait fort différent pour l'Alberta et pour le gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley qui, soit dit en passant est beaucoup plus progressiste que le nôtre à Québec. L'économie albertaine a besoin de vendre son pétrole pour voir fleurir son économie. C'est comme si nous n'étions pas capables de compter sur Hydro-Québec dans nos revenus. On comprend aisément alors le choix du gouvernement de Justin Trudeau.

Ce qui est en cause cependant c'est beaucoup plus que des bouts de tuyaux dans lesquels circule du pétrole. Je ne crains pas un instant pour la sécurité de ce mode de transport même si le risque zéro n'existe pas et n'existera jamais. Ce que je constate par contre, c'est que le choix du gouvernement de Justin Trudeau de dire oui à un projet, qui vient désenclaver le complexe des sables bitumineux afin que la ressource sorte du territoire canadien pour aller vers les marchés internationaux, n'est pas un choix s'inscrivant dans les sentiers des économies renouvelables.

Ce pétrole a aussi la caractéristique de produire quatre fois plus de CO2 et de gaz à effet de serre que le pétrole conventionnel. Son exploitation à sa vitesse de croisière c'est des millions et des millions d'équivalents de véhicules VUS qui vont venir polluer davantage l'atmosphère de notre planète bleue. Non seulement on dit oui au pétrole, mais c'est du pétrole sale.

La quadrature du cercle

Les groupes écologistes, la population du grand Vancouver, les peuples autochtones seront parmi ceux qui vont dénoncer cette décision au cours des prochaines semaines et des prochains mois. La même logique qui a conduit le gouvernement Trudeau à dire oui à ces projets s'applique mutatis mutandis à cet autre projet qu'est le pipeline Énergie Est fortement contesté au Québec par de larges segments de la population. On peut s'attendre au pire chez nous.

Pourtant, il n'y a pas si longtemps à l'ouverture de la Conférence de Paris on nous a dit que le monde était au bord de la rupture et que cette conférence devait être le point de départ d'une grande mutation de nos habitudes de vie, de notre consommation et de notre production sinon nous courions à la catastrophe. J'ai même écrit une chronique sur le sujet intitulée : « Sauvez Tuvalu, sauvez le monde! » dans ce même journal Web. Cela devait être le point de départ de la fin de l'ère des énergies fossiles et de la naissance d'un monde des énergies renouvelables.

Justin Trudeau et sa ministre Catherine McKenna n'ont-ils pas tous deux clâmer « Canada is back »? Par cette décision d'autoriser le désenclavement du pétrole sale de l'Alberta, le gouvernement Trudeau vient dire oui au pétrole sale de l'Alberta et oui à l'appui du développement des énergies fossiles. Ce n'est pas cohérent avec l'esprit de Paris ni avec un discours et des actions pour une économie verte. Le Canada fait le même choix que Donald Trump à une différence près, Trump lui s'en vante alors que nous on s'en excuse. Où est l'engagement pris à la faveur de la science et des données scientifiques dans cette décision? Je suis déçu du gouvernement Trudeau même si je puis reconnaître qu'il pouvait difficilement agir autrement. C'était la quadrature du cercle.

Le gouvernement que nous méritons

Nous avons les gouvernements que nous méritons. Nous, la population, sommes-nous si convaincus de la nécessité d'agir pour contrer les changements climatiques. Que sommes-nous prêts à faire pour changer les choses? Sommes-nous prêts à payer plus cher pour nos besoins en énergie? Sommes-nous prêts à abandonner nos pratiques malsaines pour l'environnement? Préférons-nous plutôt nos autos à nos petits enfants?

La vérité c'est que collectivement nous souhaitons plus nous enrichir qu'à sauver la planète. Nous voulons le beurre, l'argent du beurre et la fermière avec. Celles et ceux qui nous gouvernent veulent se faire réélire avant tout. Si nous étions si convaincus de l'importance de mettre fin à l'ère des énergies fossiles et déterminés à y mettre fin, le gouvernement ne prendrait pas les mêmes décisions. 

Nous avons tous un examen de conscience à faire eu égard aux changements climatiques et ce n'est pas suffisant de faire de la récupération et d'économiser l'eau potable. Si nous n'achetions plus de véhicules VUS, les manufacturiers n'en fabriqueraient plus. Si nous cessions d'acheter des véhicules à essence, il n'y en aurait plus sur le marché.

Notre consommation de pétrole diminuerait. Ce que je veux dire fondamentalement c'est que pour exiger la fin de l'exploitation du pétrole en Alberta, il faudrait cesser d'en consommer. Ce serait plus crédible. Je ne reproche rien à personne. Je constate. Il faut donc éviter de jeter la pierre au gouvernement de Justin Trudeau sans se regarder soi-même.

Justin Trudeau ne changera pas la politique, c'est la politique qui va le changer...

J'ai écrit que je suis aujourd'hui déçu de Justin Trudeau et c'est vrai. Contre toutes attentes, cet homme a réussi à se donner le pouvoir de changer le Canada et la politique. J'ai déjà écrit dans une chronique antérieure que la question que je me posais était la suivante : Est-ce Justin Trudeau qui changera la politique ou la politique qui changera Justin Trudeau? Aujourd'hui, sa décision de dire oui au pétrole sale indique bien que c'est la politique, la « realpolitik » qui change Justin Trudeau.

Au nom du réalisme, des impératifs économiques, des résistances de la population, Justin Trudeau a renoncé pour le moment à nous faire grandir malgré nous. Son père, Pierre Elliott Trudeau, devant un choix tout autre, mais très important à son époque, n'a pas hésité à faire grandir le Canada en autorisant le divorce, l'avortement et l'homosexualité dans une loi célèbre adoptée en 1968 ou 1969.

On ne parle pas ici d'économie, mais prendre position ouvertement sur ces sujets à cette époque demandait un courage aussi grand que celui que devait avoir Justin Trudeau dans le dossier du pétrole sale. Son choix a été la voie du compromis devenue compromissions. Celui de son père fut de nous faire grandir malgré nous. Hommes différents et époques différentes. Prenons des notes. Aujourd'hui, nous avons une première indication de qui est Justin Trudeau, le premier ministre...

Suggestions de lectures :

Daniel Nadeau, EstriePlus « Sauvez Tuvalu, Sauvez le monde » et « Sale pétrole, sacrée croissance » et « Trudeau, espoir de la politique canadienne »

Eric Pineault, Le piège Énergie Est. Sortir de l'impasse des sables bitumineux. Montréal. Écosociété, 2016, 237 p.

http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/485890/ottawa-approuve-le-pipeline-de-kinder-morgan

https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_Paris_de_2015_sur_le_climat

http://www.actu-environnement.com/ae/news/COP21-accord-Paris-traite-international-Ccnucc-decisions-25875.php4

 


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